Etude sur l’état des lieux des écoles communautaires au Mali : enjeux et perspectives

L’avènement des écoles communautaires a été sans doute une des réponses à la demande d’éducation au Mali. Sans jugement de valeur, la création et la gestion des écoles communautaires constituent en soi une preuve de capacité d’organisation des communautés face aux questions de développement les concernant. Toutefois, les écoles communautaires ne sauraient àªtre une réussite que si elles évoluaient dans une logique de durabilité clairement définie, en lien avec la décentralisation et la déconcentration de l’éducation.

Aujourd’hui, la situation est tout autre. Les écoles communautaires sont toujours à la charge des communautés promotrices sans aucune passerelle avec la gestion de l’éducation en mode décentralisé. D’ailleurs, malgré l’existence d’un Programme Décennal pour le Développement de l’Education « on remarque que le secteur Education est essentiellement financé au niveau des communes par les ONG (57%),... tandis que l’Etat et le PISE ne financent le secteur qu’à hauteur de 8% seulement  » . Cela, au grande dame du Décrets N°02-313/PRM portant transfert de compétences de l’Etat aux Collectivités Territoriales en matière d’éduction.

Dans la prise en charge des écoles communautaires, ni l’Etat, ni les collectivités territoriales (communes) n’interviennent à hauteur de souhait. L’étude révèle que la plupart des écoles communautaires partagent, entre autres difficultés :

  • le manque de statut officiel et d’ancrage domanial ;
  • la précarité des infrastructures généralement construites en banco ;
  • la faible capacité technique des comités de gestion dont le niveau d’instruction des membres le plus élevé est le DEF ;
  • l’incapacité financière des comités de gestion à mobiliser des enseignants qualifiés ;
  • le faible niveau de qualification de la plupart des enseignants engagés ;
  • l’excès d’autonomie des comités de gestion dans le recrutement et la gestion du personnel enseignant ;
  • l’absence d’encadrement pédagogique des écoles généralement tenues par des directeurs non qualifiés ou de profils non enseignants ;
  • le mauvais traitement salarial des enseignants ;
  • l’incapacité de la majorité des parents d’élèves à s’acquitter d’une cotisation d’un montant de plus de 1000FCFA par mois, par élève ;
  • l’incapacité de la plupart des comités de gestion à assurer les salaires durant les 12 mois de l’année ;
  • l’appui limité des services techniques aux activités de fonctionnement et d’encadrement technique ;
  • le pilotage à vue sans perspective clairement définie en lien avec la décentralisation et la déconcentration des services techniques ;
  • l’absence totale de politique de gestion du personnel enseignant ;
  • la gestion cloisonnée de l’éducation par niveau de collectivité territoriale ;
  • l’obsolescence des textes législatifs et règlementaires régissant le domaine, etc.

De par les faits, il est cependant prouvé que les écoles communautaires sont d’utilité publique. Leur contribution actuelle est de 18% aux effectifs d’élèves de l’enseignement fondamental. Ainsi, qu’il ait transfert effectif ou non de ressources aux communes, les écoles communautaires ne doivent pas àªtre abandonnées dans un processus de dégradation à la connaissance de l’Etat et des Collectivités Territoriales. Il est màªme incohérent selon le principe d’utilité publique et inadmissible du point de vue de l’équité, de recouvrer les taxes auprès des communautés en laissant au màªme moment à leur charge, les frais d’éducation de leurs enfants dans les écoles communautaires.

La solution durable à ces difficultés est la transformation totale des écoles communautaires de faà§on à ce qu’elles soient prises en charge sur des fonds publics.

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